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23/10/2011

Diagonales des fous !

posté à 18h08 dans "Résultats"

Merci à Olivier pour son long récit.

"3 ans après cette première expérience d'Ultra-Trail, me voici de retour sur ces chères terres réunionnaises pour de nouveau tenter de finir La Diagonale des Fous(162 km, 9652m de D+, idem en D-, 66h max).

PARCOURS VIDEO

Le Grand Raid 2011 en 3D .







C'est une épreuve mythique du trail au même titre que l'UTMB.
Après qu'un certain nombre de VMT aient été motivés pour m'accompagner, le changement de date puis le prise d'assaut des inscriptions internet et enfin les blessures(Choco) ont fait que je me suis retrouvé bien esseulé sur la ligne de départ.



Nous sommes arrivés avec Emma, Naël, Oliv et Armelle, Gillou et Jérome D une petite semaine avant la course.

On a pris la chaleur et fait une petite rando , histoire que mes camarades inscrits sur le Trail de Bourbon(93 km et 4900 de D+ s'il vous plait) puisse voir à quoi ressemble le sol réunionnais et ses chemins si cassant….

Le retrait des dossards s'est fait la veille.
L'heure est aux préparatifs, vérification de tout le matériel , ajustement et organisation du sac, on prépare son change et on place son matos obligatoire(lampe frontale, piles de rechange, couverture de survie,veste, bandes de strapp', mini pharmacie).


Je prend le bus de l'orga qui mène au départ ce jeudi 13 octobre et arrive au départ au stade de Cap Méchant au sud de l'île à 19h30, la nuit est déjà tombée, le départ est dans 2H30.

Le temps d'attente est comblé par la vérification du sac, les niveaux d'eau, une fanfare, et pour ma part, je lis le canard du jour assis par terre. Il fait doux(21°C)

Les jambes des 2342 partants commencent à fourmiller, et tout le monde se presse vers la ligne de départ 40 min avant. On poirotte, tassé comme des sardines en attendant le feu vert. La pression est palpable, les regards sont remplis d'interrogations, fixés tout la haut sur les pentes du volcan.

Coup de pétard, c'est parti! Plus de 2000 mecs doivent sortir par la grille du stade de 2,5m de large, embouteillage garanti, je suis serré et littéralement porté par mes voisins!
Après 150m, on commence à pouvoir trotter. Le long ruban des frontales s'étire sur les 3km de bitume du début. Grosse foule sur les bas côtés, le créole fuse dans tous les sens "fé pété" ou "bon couraz' a zot'" On en profite car les pentes du volcan qui nous attendent n'ont que peu de locataires….

C'est parti pour la côte, on peut courir doucement sur la piste béton pendant encore 13km, il faut déjà gérer l'allure(entre 8 et 10km/h pour moi) sous peine d'être griller quand la vraie montée arrivera.
16 km en 1h45 on est à 685m d'altitude(parti de 0m). L'humidité de cette foret primaire est palpable, la fraicheur arrive.

C'est le début du GR, de la place pour un coureur, on attaque la montée entre les arbres, les racines forment de grandes marches, il faut retrouver une autre cadence. Cette montée, je l'aime bien, 5km pour monter à 2084m.
Le vent est bien présent, ça m'inquiète un peu car ça sent le traquenard glacial à l'approche des 2000m.
Bingo dès 1700m je m'arrête et sort ma veste, les doigts commencent à moins remuer…Les crampes aux vastes internes font leur apparition, j'ai du monter un peu vite la partie courue.. Je m'arrête 1min pour les faire souffler mais m'aperçois très vite que le moindre stop sera fatal avec le froid et la transpiration.
Je double beaucoup de gens pris de maux d'estomac(couvert trop tardivement).

J'attend avec impatience le 1er ravito à Foc-Foc(2350m).
Les bénévoles sont gelés, mes doigts aussi et un bénévole doit me fermer les boucles de mon sac. Il ne faut pas trainer ici, ça caille , je continue vers le Volcan c'est presque plat sur 7km mais me force à seulement marcher vite(économie, économie). J'y arrive à 3H30 du mat', je suis dans mes temps. Une bonne soupe aux nouilles, du sel, quelques fruits et c'est reparti. 3°C à l'abri du vent(0° quoi)





Le moral est bon, le soleil va pointer. Lumière et chaleur font plaisir au Raider!
La partie qui arrive est surement la plus facile et roulante du Grand Raid, j'ai décidé cette fois de la faire nettement en dedans, car la course en descente ça marque l'organisme: marche rapide, je soigne l'alimentation et l'hydratation, et en profite pour donner des nouvelles au téléphone.
C'est ma tactique pour 20 km en 3h10.

A Mare à Boue, je retrouve toute la clique venue m'encourager ainsi que mes parents. ça regonfle le moral. Il est 6h30 du mat', merci à tous! Quelques pas avec Naël et je repars vers de nouvelles aventures.

Le secteur suivant de 20 km jusqu'à Hell-bourg via le Col de Bébour et la Foret de Bélouve a été l'un des plus meurtrier sur l'effectif des raiders.
De mémoire, je me souvenais que la foret de Bélouve était un des coins les plus humide de l'île mais à ce point!!!



10km de pure boue, glissades, fortes pentes, montées-descentes incessantes…On progressait accrochés aux arbres.
Je ne compte plus les fois où j'avais la jambe enfoncée au dessus de la cheville dans la boue. J'y ai d'ailleurs laissé non pas une chaussure mais quelques fibres d'un ischio-jambier en voulant arraché mon pied de la boue. Je trainerai ce handicap jusqu'à la fin(soit 90km…)
Arrivé à Hell Bourg par une belle descente de 600m de D- qui sert d'échauffement pour la suite.
Presque 600 personnes ne repartiront pas de ce poste.

8 min au ravito et c'est la montée de Cap Anglais qui m'attend, elle est sévère mais je la connais bien pour l'avoir faite en rando il y a quelques années. 5km pour 1157m de D+. C'est notre 2ème montée à plus de 2000m. Le début et la fin sont rudes, gros blocs à escalader à l'aide des mains. Le chemin jusqu'au refuge du piton des neiges est moins pénible, on atteint notre point culminant du parcours à 2484m au kilo 80.
S'en suit une grosse descente vers Cilaos situé à 1100m d'altitude. Toujours même topo sur le sol: rochers, racines et quelques rares passages roulants.

Cilaos , gros poste, stratégique, et haut lieu d'abandons situé au 89ème.



Je retrouve sur le stade tous les copains venus me soutenir, m'apporter mon ravito perso. Ils dormiront ici pour que Gillou et Oliv prennent le départ du Trail de Bourbon le lendemain à 6h.

55' au ravit, le temps de se laver un peu, de se changer, de remplir le sac, de manger à table un repas chaud, et de dire au revoir aux supporters.

La nuit commence à tomber(18h10), je repars avec la frontale pour essayer de descendre vers Cascade Bras Rouge avec le plus de luminosité possible. Je trouve 2 réunionnais avec qui je sympathise sur le début de la descente, nous passerons les 12 h suivantes tous les 3.
Le redoutable col du Taïbit (crottes de lapin en malgache) se profile. 3ème et dernier passage au dessus des 2000m avec 1100m de D+ en 6km. En temps normal, il passe bien mais avec 95km au compteur et une nuit blanche , les jambes avancent moins bien…
A mi pente dans l'ilet des Salazes, les habitants nous offrent une tisanne aux herbes licites… Au sommet, ça caille, ça fait mal et ma lésion aux ischios m'empêchent d'étendre la jambe… ça se complique.



La descente du col(entrée dans le mythique cirque de Mafate accessible uniquement à pied) vers Marla est un petit supplice: j'ai du mal à contrôler mon genou gauche et le droit est en train de beaucoup trop bosser pour que ça puisse aller longtemps comme ça. Mes 2 acolytes me sèment bien normalement.
Les réunionnais sont inégalables dans les descentes, de vrais cabris bondissant de pierre en pierre.

J'arrive à Marla, mes compagnons sont attablés. Je casse la croute avec eux. Le ravito est encore extra: poulet, soupe, fromage, fruits secs. une constante pendant cette course, l'engouement des réunionnais, le soutient permanent, des bénévoles aux petits oignons.

Le plus vieux des 2 me dit: "si l'genou i bez' aou, ou gain' fé met' un strap' par l'doctèr".
Execution, je pars sous la tente, pas de Dr mais j'explique à l'infirmière comment je voudrai qu'elle me strappe.
Je me bloque le genou en légère flexion pour arrêter de tirer sur mes ischios.
Et ça marche!

La traversée de Mafate se sera faite fissa , on a cavalé dans les descentes(des escaliers a n'en plus finir), marcher fort, et du coup cette seconde nuit blanche n'a pas donné lieu à un coup de barre car la vigilance était au maximum. On a fait que de remonter des gars toute la nuit. Quelle atmosphère extra ordinaire d'être dans ce cirque aux remparts verticaux éclairés par la pleine lune, de deviner ces crétes qui nous entourent….et de faire ces sauts de puces d'ilet en ilet où les gens vous attendent toute la nuit.

Le jour se lève enfin, on a bien avancé, mais je sens bien que ma jambe va bientôt atteindre son seuil de saturation.
Le gros ravito de Deux Bras me permet de me faire masser et de faire retendre mon stapp'.



Nous repartons tous les 3 dans la montée de Dos d'âne(650m de D+ en 5km).
La fatigue générale commence à se faire sentir, sur certains pas , je vacille. Je m'arrête un peu pour souffler, le ravin est juste là, pas moyen de prendre de risque.
Je dis à mon camardes de nuit de ne plus m'attendre, et qu'à la vue de mon genou, je ne pourrai plus du tout trotter.
Je termine l'ascension à ma main. Ce qui m'inquiète le plus, ce sont les descentes à venir, et en particulier celle vers la mer à La Possession.

Au début, piste béton puis sentier Kalla, hyper casse pattes, où les mains servent plus que les pieds, un petit calvaire. La suite de la descente est un amoncellement de rocher, je n'en vois pas le bout mais je sais que si j'arrive en bas entier, je verrai l'arrivée.

Au bord de mer sur la côte ouest, c'est le cagnar…

Je prends mon temps au ravito, me fais poser des plaques anti frottements sous les pieds car le sentier suivant est plein soleil avec des blocs de pierres de lave posés comme des pavés…ça va chauffer!

Et ça chauffe comme dans un four, les gens de la croix rouge sont prêts à ramasser les coureurs faisant des malaises dans la montée, l'ombre est rare. 1h comme ça à s'asperger de partout et à grimper à l'économie. L'appui sur les blocs soulevés fait mal au genou mais chaque pas m'approche de la ligne d'arrivée.
La Grande Chaloupe, enfin finit avec ce chemin de m…la fatigue égare mes pensées! C'est le km 146, une montée vers le Colorado puis sa descente vers St Denis. Je sais que j'irai au bout ce ne sera qu'une question de patience.
La montée vers St Bernard et Colorado n'est pas exigante en soit, simplement trop longue , la pente n'est pas forte, j'aurai préféré le contraire et arrivé à prendre les derniers 770m de D+ le plus rapidement possible!
Arrivé à la fenêtre, ça sent l'écurie mais tout devient de plus en plus pénible, pas le choix il faut avancer si je veux en voir le bout le plus vite possible.

Je sais que mon entourage est à Colorado, et ça me remotive un coup.
Emma avait prévu de venir à ma rencontre dans ce coin, là et le fait de la croiser me fait un bien fou.

Il reste 7 km, il est à peine 18h, je vais éviter la 3ème nuit….

A Colorado je prend mon temps avant la dernière descente, des amis et mes parents sont là. Je savoure….il reste 5km de descente. Une dernière petite soupe aux nouilles, je remets malgré tout ma frontale car la nuit tombe et m'engage dans cette descente que je connais bien mais qui est si longue en fin de parcours….Je peine à descendre, les genoux n'en veulent plus….Je laisse passer beaucoup de monde, je ne veux surtout pas tout gâcher maintenant et me blesser.

J'aperçois le stade de la Redoute, comme un symbole, il est dans le quartier de la Délivrance.



Juste avant les derniers blocs à descendre, un concurrent s'écroule, fait un malaise, se cogne la tête, et ne réagit pas bien. On s'arrête à 2 ou 3 on le relève. On lui met des claques, lui file à boire. On reste à côté.
C'était la dernière péripétie , 15min de bouffer mais quelle importance…
ça y est on est sur le plat, Emma est là avec Naël, il reste 1km, on va se le faire tous les 3 avec la poussette.

On recroise la civilisation, les voitures klaxonnent dans tous les sens, les gens applaudissent, on entre dans le stade, le speaker annonce les arrivants(moins dense que sur un IM) j'attrappe Naël dans mes bras, Jérome et Armelle sont dans la tribune, c'est LE moment de bonheur, c'est finit, ça parait interminable et pourtant on y arrive.

Je commence à savourer mais je sais que la fatigue va bientôt me gagner. Le temps est aux échanges d'impressions avec les amis et au repas.

Le verdict tombera le lendemain, quasi 50% d'abandon, le vainqueur est Julien Chorier en 23h56, incroyable…., je finit en 46h02 et 429ème sur 1228 survivants.

Plus qu'une course où on oublie assez vite le chrono et raisonnons plus en jour et nuit, le Grand Raid est une superbe aventure et une magnifique découverte de La Réunion et des réunionnais.

Place à la récup'"
Olivier R.

 


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