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13/02/2010

Récit d'un Finisher

posté à 14h09 dans "News"

Cette année 23 VMTistes prendront le départ de l'IronMan de Nice. Certains seront novices et d'autres plus aguerris. Mais quand c'est la première fois que l'on prend le départ d'un IronMan, comment le vit-on ?
La réponse vous est donnée par Loïc D. qui a découvert, pour le première fois, la distance mythique du triathlon en s'alignant à l'IronMan de Zurich 2009, au coté de 24 autres membres du club. Ce témoignage Loïc l'a écrit pour ses proches et ses amis. Il décide aujourd'hui de le partager avec nous. Merci à Loïc pour ce récit, qui j'en suis sûr, donnera envie aux indécis de franchir le cap.

Hello tout le monde,

Contexte :
Lors de mon inscription au club de la vallée de montmorency, Ironman ne faisait pas partie de mon vocabulaire. Je me disais que les triathlètes « normaux » étaient déjà des surhommes et je leur portais une sacrée admiration mais alors Ironman : fallait être taré ! Puis à force de côtoyer ces tarés, l’idée a trotté et a fait son p’tit bout de chemin…un p’tit bout de chemin de 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42,195 km de course à pied (marathon).

Il y a à peu près un an à la même période où je vous écris ce mail, je donnais mon numéro de carte bleue à cette organisation et je signais pour l’Ironman de Zurich. Putain un Ironman mon Loïc, quel challenge quand même, c’est pas rien !!! Les 1ères nuits suivant mon inscription ont été agitées, je dois bien vous l’avouer…
Puis c’est parti pour un an d’entrainement physique, un an de préparation psychologique (faut se le mettre dans la tête) et un an de sacrifices à venir. Après le Roc d’Azur en 2008, l’automne se passe bien et le volume d’entrainement augmente à partir de janvier pour atteindre jusqu’à 18h en mai juin.

10/07/09 : départ pour Zurich avec les enfants et les parents. Trajet un peu long mais arrivés à l’heure pour aller à la Pasta Party : c’est une soirée de bienvenue dans une grande salle typique avec notamment un film sur l’Ironman de l’année dernière (ils avaient eu de la pluie) : images émouvantes, musique adaptée, montage vraiment très bien fait : l’émotion est là, partagée entre l’admiration devant tous ces athlètes et le fait de se dire : putain dimanche, ce sera moi ! bien évidemment, les larmes montent discrètement…

11/07/09 : réveil tranquille sans pression et on va sur le site pour s’imprégner de l’ambiance, repérer les lieux (triparc, sortie natation, départ vélo…) et les endroits stratégiques pour les supporters. Tout est super organisé et on sent la grosse machine Ironman. L’après midi, je pars avec les copains en vélo pour aller déposer le vélo dans le triparc. Je roule avec les potes pour aller à l’Ironman, je suis super content, c’est la fête ! Il n’y a que 4-5 km mais j’en profite à fond, c’est un bon moment. Une fois le vélo déposé, je pars avec ma famille repérer la boucle de 90 km en voiture qu’on fera deux fois en vélo nous. Le parcours est magnifique mais pas aussi plat qu’on me l’avait vendu. Mais bon je suis entrainé, je suis confiant.

Le soir, faut préparer les affaires et ce n’est pas une mince affaire car il y en a beaucoup : faire les bidons, organiser les sacs de transition, penser aux affaires de rechange…bref le couché est prévu à 20h mais ce sera 21h pour moi (heureusement que je suis un couche tôt).

JOUR J :
12/07/09 : 4h30 le réveil sonne : pas de pb pour se réveiller (vous venez de comprendre pourquoi on se couchait tôt la veille). On part en groupe, il fait presque jour (je ne savais pas que le soleil se levait aussitôt à Zurich) et on arrive à 5h40 ce qui laisse le temps de préparer et d’organiser ses affaires tranquillement. Je discute avec Jérôme, mon collègue de triparc qui fait parti du club (c’est une sacrée chance qu’on a de se retrouver l’un à côté de l’autre : on se sent moins seul parmi les 2500 coureurs). L’émotion est extrêmement palpable comme dans le film de l’autre soir : chacun est dans sa bulle, concentré sur son matos, ça ne rigole pas ! Ça y est j’y suis (je me le redirai souvent cette phrase durant toute l’épreuve). Enfilage de la combinaison sans problème (1er soulagement car j’avais peur de la déchirer) puis direction la zone de départ. Sur le chemin qui fait 300 m, on retrouve 5-6 copains par hasard et ça rassure mine de rien. Ça va je ne stresse pas et je profite de chaque instant car ce sont des moments uniques. Arrivé sur la plage, on entend l’hélico arriver et on le voit : la télé est là ! On est 2500 pingouins avec nos bonnets jaunes, c’est chouette. Je me mets dans l’eau : elle est bonne c’est agréable, même à 7h du mat’ ! J’ai quand même l’idée de me retourner et de profiter du moment : je vois plein de bonnets jaunes derrière moi debout prêt à se mettre dans l’eau suivis des supporters qui sont là. Je ne vois pas ma famille mais je doute qu’elle ne doit pas être très loin…

Derrière le ronronnement de l’hélico, on entend le coup de pétard. Putain ça y est c’est parti pour 3,8 km de nage. J’ai bien le parcours en tête, pas de problème. L’eau est claire, c’est agréable et puis je ne me prends pas de coups donc c’est cool. A la 1ère bouée des 500 m, je reconnais mon pote Olivier ce qui est assez exceptionnel et ce pour deux raisons :
- retrouver qq’un parmi 2500 alors qu’on est tous en combinaison noire et bonnet jaune
- normalement, il nage plus vite que moi.
On s’encourage mutuellement entre deux mouvements de crawl. Le parcours nous fait traverser une île à mi parcours à peu près. On marche sur 100 m : c’est blindé de supporters et c’est super agréable. Je passe en 35’, je suis content. On repart pour le 2ème tour, je suis tellement ému que je commence à en pleurer dans mes lunettes. Bah oui, je nage pour un Ironman dans le lac de Zurich et je vois les montagnes enneigées : un an de préparation pour un moment comme ça, c’est magique !
Je me contiens et m’applique pour sortir de l’eau en 1h14 : je suis agréablement surpris. Je retrouve dans le triparc mon pote Jérôme qui est sorti 30’’ avant moi. Je sais que je ne le reverrai plus car il est très fort en vélo. Laurianne et ma mère m’encouragent depuis les barrières, je pars en vélo en les remerciant et leur disant à tout à l’heure.

Vélo :
Départ pour les 180 km de vélo : c’est top ! y a plein de monde à la sortie du triparc, notamment mon père (qui crie plus fort que tout le monde : il aurait pu passer au dessus de la barrière pour me pousser qu’il l’aurait fait), louis et caroline la photographe. On commence par 30 km de plat le long du lac où je fais du 37 de moyenne sans forcer, c’est génial. Comme on m’avait prévenu, je me fais doubler par des fusées à 10 000 € mais je reste zen car je sais qu’il reste bcp de km. Je bois toutes les 10 mn comme prévu mais c’est pas très bon : je commence à avoir une barre au ventre mais je continue tranquilou.
37ème km : Pascal me double, c’était prévu : il joue la qualif pour Hawaï.
40ème km : 3 copains me doublent : je suis sur le cul car normalement ils auraient du sortir de l’eau avant moi (notamment Olivier) : ça confirme bien mon bon temps en natation.
45ème km : je double un copain, c’est vraiment la fête !
50ème km : encore un autre. C’est vraiment super : cadre agréable surplombant le lac, sur un Ironman c’est magique, je suis sur un nuage, je ne pouvais pas rêver mieux comme début de course. Mais ce rêve va se transformer en cauchemar et tout va basculer en qq secondes.

55ème km : arrivée en haut de la plus longue côte, on entame le faux plat descendant où il n’y a plus qu’à descendre sur Zurich pleine balle mais je sens le vélo trembler et je m’aperçois que je suis à plat à l’arrière. Je suis surpris car je n’ai pas entendu de gros bruit, signe distinctif d’une crevaison. Bon je suis vraiment dégoûté mais je suis bien obligé de m’arrêter. Arrghhhh je suis vert comme vous ne pouvez pas imaginer : je n’ai jamais crevé pendant des années et là le jour de la course, ça m’arrive. Je suis super colère comme ce n’est pas permis. Donc je m’arrête et regarde mon chrono : 3h07 de course. Je m’attèle à réparer : ça ne marche pas : j’essaye plusieurs fois avec plusieurs cartouches d’air (car je suis parti avec un gros kit de réparation) mais rien n’y fera : je perds 20 mn tout seul à bidouiller mes chambres à air et tout mon matos de réparation y passe (sûrement à cause du stress et de la colère, j’ai du mal m’y prendre). Je dois bien me rendre à l’évidence : je ne peux plus rouler. Forcément, j’en pleure en me disant que j’ai passé un an à m’entrainer pour rien, tous ces sacrifices pour 3h de course seulement. Je suis anéanti en voyant tous les mecs passer à vive allure. Je pense à Laurianne, à ma famille qui a fait plus de 1000 km, et à cet éventuel abandon et l’arrivée dans la voiture balai au triparc. Non je ne peux pas abandonner pour une crevaison.

Je repars à plat en espérant trouver le prochain ravitaillement assez proche. Le vélo fait un bruit horrible, j’ai mal pour lui mais bon, je n’ai pas le choix. 2 km plus loin, y a un accident grave et un arbitre pour prévenir. Je lui explique mon cas et il appelle l’assistance. Elle arrivera 20 mn plus tard, le temps de voir défiler je ne sais combien de concurrents dont des copains du club. La répa se fait nickel et je repars avec indiqué sur le chrono : 3h57 soit 50 mn de perdues. Moralement, c’est super dur de repartir : certes je n’abandonne pas mais je ne suis plus dans la course avec le gros de la troupe. Je vais donc faire ma course tout seul mais psychologiquement, c’est difficile. En étant seul, je peux quand même me faire un p’tit plaisir dans une descente : 85 km/h, hihaaaaaa.

Le retour sur Zurich pour la fin du 1er tour est moralement encore dur car je croise les potes. J’ai environ 40 km de retard sur eux. J’amorce le raidillon d’HearthBreak Hill (pente à 16%) : c’est magique car un seul vélo peut passer tellement il y a de monde dans la côte à vous encourager (un peu comme l’Alpe d’Huez au tour de France). Puis au bout de la côte, j’aperçois ma famille qui crie plus fort que tout le monde : je ne peux que m’arrêter pour leur expliquer mon passage si tardif (de toutes façons, je ne suis plus à 30’’ près). Je repars pour le 2ème tour que je ferai vraiment tout seul : il sera plus dur car il y a mine de rien 90 km dans les jambes et le vent s’est levé. Les 20 derniers km sont vraiment très longs, j’en ai marre, j’ai mal partout, j’ai vraiment hâte d’en terminer. Je pose le vélo après 6h55 de pédalage (moins 50 mn) : je suis crevé avant d’entamer le marathon mais c’est comme ça (je me dis que ça a du être pareil pour les copains, enfin j’espère).


Marathon :
J’enfile mes chaussures de running et j’oublie de mettre ma casquette, (et dire que la veille, j’hésitais entre la noire et la blanche, bah comme ça, l’affaire est réglée, j’en ai pas). Je sors du triparc et je rejoins un autre Jérôme qui vient de faire deux tours (soit 21 km). Putain, même si je suis content de commencer la course à pied, ça me met quand même un coup au moral car je me dis qu’il a 2h d’avance sur moi (ça commence à faire bcp 2h surtout que je n’ai pas commencé le plus dur de l’épreuve). J’arrive quand même à courir plus vite que lui (il m’avouera après qu’il rentrait dans sa phase de moins bien). Je pars donc sans regarder mon chrono tous les km car ce sera trop dur à calculer : je pars sur une base de 10 km/h soit 1h pour 1 tour (faut des calculs simples arrivé à ce niveau d’effort).

1er tour : 1h, j’ai mal mais je tiens mon rythme. C’est un circuit où on croise tous les copains, c’est assez sympa. Mais psychologiquement, c’est assez dur car à chaque tour effectué, on a un bracelet de couleur différente. On passe donc son temps à regarder les poignets des concurrents et force est de constater que bcp ont déjà 2 ou 3 bracelets, notamment chez les copains.

2ème tour : 1h05, je suis encore dans les clous mais je souffre énormément. Depuis le 16ème km, je cours comme un zombie : la tête vers le bas, je ne vois que mes chaussures, je me contente de mettre un pied devant l’autre en attendant les ravitaillements. Quand je m’arrête pour boire, les jambes tremblent, je mets la tête vers le bas, les mains sur les genoux et respire. Je me dis que c’est vraiment un truc de taré. Je deviens blanc livide et ça va de moins en moins bien. Du coup, mon père m’accompagne sur qq centaines de mètres : j’ai quand même la force de discuter, de sortir qq émotions notamment sur la frustration de cette crevaison. Ça me redonne un peu de punch. Le coach est déjà arrivé, changé et m’encourage en me disant de manger du salé. Je vais donc écouter ses conseils et manger des bretzels (p’tite pensée à Ben car je ne mange ça que dans d’autres circonstances d’habitude). Ses conseils seront efficaces puisque ça ira mieux.

3ème tour : je sais que bcp de copains ont déjà fini et que je serai finisher sauf blessure. Je mets 1h10 sur ce tour. Je souffre mais je me dis que j’ai fait le plus dur et que si je veux mon tee shirt finisher, je dois courir. A la fin du 3ème tour, l’organisation me donne mon fameux bracelet rouge, signe qu’il me reste 10 km. Il vaut de l’or ce bracelet et je suis super ému de le prendre car je sais que je finirai. Ma famille m’encourage tout ce qu’elle peut : même Titouan agite son drapeau français, Quentin court à côté de moi…

4ème tour : j’ai mal partout, je vois bcp de monde marcher et ça me motive à courir. Je « rattrape » deux potes qui ont souffert au marathon : je finirai 10 et 5 mn derrière eux. L’arrivée a été répétée avec ma famille : je veux finir avec Titouan dans les bras et Quentin qui me donne la main pour franchir la ligne. Les derniers km sont longs, notamment la dernière ligne droite. Elle se finit par un demi-tour sur 50 m puis une entrée dans les tribunes qui fait 100 m, un peu comme l’arrivée de Paris Roubaix dans le vélodrome. Emotionnellement, c’est super fort, les larmes arrivent mais je me concentre pour « bien finir ». Laurianne est là avant le demi-tour, ma mère dans le demi tour, Gwen (le coach) me tape la main juste avant de rentrer dans l’arène. C’est franchement exceptionnel et super intense : je suis super ému : je vais être finisher d’un Ironman, putain Loïc, finisher. Je rentre dans l’arène et j’entends le speaker prononcer correctement mon nom : je suis super fier. Je vois mon père et Louis prêts à me donner les enfants. Je profite du moment, regarde autour de moi : j’apprécie ce moment magique et je pars pour les 50 derniers mètres. J’avais peur un moment de ne plus avoir la force de porter les 13 kg de Titouan mais en fait, ça va. Quentin part comme une balle en sprintant : je lui dis de ralentir car je ne peux pas suivre : les jambes ont été habituées à courir lentement pendant 4h30, elles ne peuvent pas sprinter. Et puis de toutes les façons, je veux apprécier le moment. Toutes les tribunes applaudissent, c’est vraiment top !! Je franchis la ligne en voyant mon nom et mon temps :
Loïc DUMUSOY : 12h46’ mais j’ai pas retenu les secondes ! la vache presque 13 d’effort !
Évidemment, je pleure. Passé la ligne, je m’assois sur les bancs prévus à cet effet et je pose Titouan parterre. Les deux garçons restent à côté de moi, je craque complètement et je continue de pleurer. La famille arrive, je leur redonne les enfants, on s’embrasse, c’est génial !

L’organisation arrive, me donne ma médaille de finisher et je pose pour la photo.
Je récupère ensuite mon tee shirt, mon diplôme, mes affaires persos…(je ne rentre pas brecouille) et je retrouve les potes pour les 1ères impressions.

Conclusion :
C’est vraiment une grosse épreuve, une machine bien huilée dont je suis vraiment fier d’être finisher. Il y a qq regrets d’avoir perdu autant de temps sur cette fichue crevaison. On pourrait dire que je vaux moins de 12h mais avec les si, on refait la course et je finis 1er…
On était 25 du club à y aller dont 8 novices. Les 8 nouveaux sont finishers et seul un copain ne finit pas. L’entraineur loupe la qualif à Hawaï à cause d’une crevaison…

Natation : 1h14
Vélo : 6h55
Marathon : 4h30

Un grand merci à tous mes supporters, ils ont été formidables ! Tant de km pour moi, merci beaucoup ! Une dédicace spéciale à ma chérie pour toute cette année, c’est aussi son Ironman !
Comme disent les guignols, je vais enfin pouvoir reprendre une activité normale : copains, apéros, et une vie sociale autre que celle des entrainements de triathlon…




 


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